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1.
BILAN DES TROUBLES RENCONTRES leur impact sur
la sexualité
Lhémiplégie
est la séquelle la plus fréquente
de laccident cardio-vasculaire (AVC). Cest un déficit moteur
mais elle peut sassocier à des déficits des fonctions cognitives
et viscérales, à des troubles psychologiques dont la dépression, à de
lalgoneurodystrophie, à des troubles sphinctériens urinaires
et recto-anaux, ainsi que des troubles sexuels.
Parmi
les personnes atteintes dun AVC, le nombre de celles ayant un
trouble sexuel varie de 16 % à 75 % selon les études. Ces
disparités sont dues à plusieurs facteurs (M. Perrigot et al.,
1996) : selon les études, sont acceptés ou éliminés
les hémiplégiques avec syndromes dépressifs et ceux avec
hypertension recevant un traitement hypotenseur. Pourtant, ces deux paramètres
peuvent être eux-mêmes responsables de troubles de la sexualité.
Dautre part, le moment de lévolution où les patients
sont examinés influe sur les résultats de lexamen. Les
troubles sexuels sont dautant plus fréquents et sévères
que le déficit moteur et la dépendance pour les actes de la vie
courante sont importants. Ils augmentent lors de troubles cognitifs ou de troubles
de lhumeur.
Les
difficultés sexuelles et mictionnelles régressent en deux
ou trois ans, dans la moitié des cas, parallèlement aux progrès
fonctionnels, aux progrès dans la qualité de vie personnelle,
familiale et sociale et seraient davantage fonction de ces facteurs que de
la guérison de troubles spécifiques à la sexualité.
Plusieurs auteurs ont tenté de chiffrer certains paramètres relatifs à la
sexualité de personnes atteintes dAVC. Cependant il faut toujours
garder en mémoire la fragilité de ces chiffres qui se veulent
le reflet de sensations subjectives et difficiles à exprimer.
On
ne peut prédire le retentissement dans le couple, chacun étant différent,
chaque couple ayant un mode de fonctionnement à lui. Trop de facteurs
entrent alors en jeu, et personne ne peut savoir la capacité du couple à gérer
ses difficultés. Les auteurs retrouvent :
- des troubles de lérection dans 66 % des cas ), troubles dont
le caractère organique a été démontré, ainsi
que des troubles de léjaculation dans 63 % des cas (M. Perrigot
et al., 1988) ;
- une altération de la qualité de lorgasme chez la femme
dans 81 % des cas (F. Bohle et O. Franck, 1982) ;
- une réduction de la fréquence des rapports sexuels dans 67 à 75
% des cas pour H. B. Coslett et K. M. Heilman (1986) et dans 50 % des cas
pour M. Chatain et al., (1996) ;
- des troubles du désir sexuel dans 55 % des cas pour les deux sexes
(M. Perrigot et al., 1988).

L.M.
Binder (1984) et M.L. Niemi et al. (1988) notent limportance de
la fragilité émotionnelle de ces patients, la fréquence
de lanxiété et de la dépression qui favorisent
la faillite narcissique et naident pas à la communication au
sein du couple. Lanxiété et la dépression sont secondaires à laccident
vasculaire et à la dépendance qui en découle mais elles
sont aussi provoquées par latteinte cérébrale, organique.
Latteinte de lhémisphère gauche provoque davantage
de dépressions (très fréquente pendant 2 ans après
lAVC) qui, de même que les autres atteintes, samenuisent
avec le temps. La dépression, chez nimporte quel individu, diminue
le désir sexuel et peut même léteindre. On comprend
facilement que ces personnes atteintes dAVC et leur conjoint puissent
avoir besoin dexplication médicale et physiologique de la part
des soignants pour comprendre ce qui leur arrive concernant leur vie sexuelle
et affective. Sjögren et al. écrivent déjà en 1983
que les couples seraient favorables à la mise en place dun conseil
sexuel dans le service lui-même. Il
est évident que la présence
dun sexologue serait nécessaire afin de ne pas laisser les couples
désemparés.
Il
semble quil ny ait pas de corrélation entre la latéralité de
lAVC (côté droit ou gauche du cerveau qui est détruit),
et les troubles sexuels. Souvent, quand le cerveau droit est atteint, la personne
ne peut plus imaginer comment elle agissait lors des rapports sexuels avant
lAVC. Elle peut aussi avoir des troubles du jugement, de lattention
et du sens de lorganisation. Latteinte du cerveau gauche est plus
généralement associée à une dépression.
Mais il reste impossible daffirmer lexistence de centres
spécifiques du contrôle encéphalique génito-sexuel (M.
Perrigot et al., 1996).
Les
médicaments peuvent avoir un effet secondaire sur la
sexualité.
Après un AVC, un traitement est instauré. Malheureusement, il
a fréquemment des effets secondaires sur le fonctionnement sexuel. La
majorité des antidépresseurs dont les tricycliques, les neuroleptiques,
les bétabloquants contribuent à provoquer des troubles sexuels
reconnus, tels que la diminution ou la perte du désir, limpuissance,
le retard à léjaculation.
2.
LE RETENTISSEMENT DANS LA VIE AFFECTIVE DU COUPLE 
Il apparaît clairement une relation entre la persistance de troubles
génitaux sexuels interdisant la reprise des rapports sexuels et la présence
de troubles psychiques et/ou de difficultés dans la vie de couple. Lattitude
du partenaire peut être déterminante dans la genèse des troubles
sexuels, car elle peut conforter le patient hémiplégique dans lidée
quil nest plus attractif, quil est devenu un handicapé.
La diminution de la communication verbale et non verbale contribue à cette
stigmatisation (M. Perrigot et al., 1996).
La cessation de toute activité sexuelle est survenue pour six patients
(20 %). Pour les autres les rapports ont repris dans un délai de deux à six
mois, souvent retardé par les réticences du partenaire (M.
Chatain et al., 1996). Après linterruption initiale des rapports
sexuels lors de laccident vasculaire cérébral (AVC), le couple
peut perdre lhabitude de faire lamour ou peut faire lit et chambre à part
pour le respect du sommeil de lun, ce qui ne facilite pas le désir
ni la reprise des relations sexuelles. On observe une régression des troubles
avec la reprise de lautonomie, et limportance des facteurs sociaux,
familiaux et de léquilibre du couple.
Le
thème de la sexualité nest pas facilement abordé par
certains. Ici on sadresse à des personnes qui ont souvent entre
50 et 80 ans. Léducation à cette époque ne favorisait
pas la verbalisation de la sexualité, du désir ou des difficultés.
Cependant ces personnes sont souvent prêtes à vouloir comprendre
ce qui se passe et à désirer améliorer ou retrouver une
bonne entente dans leur couple. Un sexologue peut simplement les aider à verbaliser
puis à étudier une stratégie pour améliorer à la
fois leur vie sexuelle mais aussi leur vie relationnelle dans leur couple.
Même au-delà de 50 ans la sexualité compte, même
si globalement les relations sont moins fréquentes que chez ceux de
25 ans, le désir persiste et les relations sexuelles sont satisfaisantes.
Une perte de lérection chez un homme de 70 ans ou labsence
de sensation clitoridienne chez une femme du même âge sont vécus
avec une grande humiliation et une importante perte de lestime de soi.
Et vivre à deux en harmonie est toujours aussi important, quel que soit
lâge.
Aussi
le corps médical ne doit pas négliger de prendre en considération
les troubles sexuels des personnes atteintes dAVC (ou de parkinson ou
de polyarthrite rhumatoïde
) sous prétexte que ces personnes
sont âgées. Construire une vie à deux peut se faire à tout âge.
Lexemple est apporté par ces mariages réalisés à 80
ans. Une thérapie individuelle ou de couple peut être entreprise,
afin de pallier aux difficultés sexuelles et relationnelles au sein
du couple à tout âge.

3.
LA PEUR D'UN NOUVEL AVC - LA CULPABILITE
Monga et al., (1986), attribuent en partie les troubles sexuels à la
peur quaurait le patient dêtre victime dun autre accident
vasculaire cérébral pendant un rapport sexuel : cette idée
nest sûrement pas à négliger, surtout chez les sujets
ayant déjà présenté une hémorragie cérébro-méningée
au cours ou après un rapport sexuel (M. Perrigot et al., 1996).
Tous les conseils médicaux sadressant à une personne dans
les suites dun AVC vont être restrictifs, et pratiquement toujours
vécus comme culpabilisants. Ils ne doivent plus boire dalcool
ou si peu, faire attention à leur alimentation, plus de gras, de charcuterie,
de repas de fêtes, plus de cigarette, même pas à la fin
du repas, le repos leur est conseillé. Cest à cause de
tous ces excès que cest arrivé et ils ne peuvent plus rien
faire, ce qui est difficile à accepter et marginalise par rapport à la
vie en société. Certains se considèrent comme une moitié dhomme
ou de femme. Cest une image quils mettent en avant, en montrant
leur hémicorps qui ne fonctionne plus.

4.
LE CORPS MODIFIE
Diminution
ou perte de la sensibilité
La paralysie dun hémicorps entraîne des troubles
ou une perte de la
sensibilité de toute la partie de corps paralysée qui comprend
donc les organes génitaux, les systèmes vésico et recto-sphinctériens.
Cest pourquoi la personne peut avoir une perte de la sensibilité de
toute la partie droite ou gauche de leurs organes sexuels. Comme la limite
nest jamais parfaitement définie, il ny a pas une ligne
précise de séparation gauche et droite, aussi la personne peut
avoir limpression davoir totalement perdu la sensibilité des
organes génitaux ou avoir une sensibilité émoussée.
La récupération de la sensibilité des organes génitaux
peut se faire au fur et à mesure de la récupération de
lhémiplégie. Donc on veillera à toujours laisser
agir le facteur temps avant de considérer les lésions comme définitives.
Limage du corps
Après lhémiplégie, la voix change, le regard
aussi du fait de la paralysie faciale. De plus, limage est brutalement
désaxée par une dissymétrie
(ne serait-ce que de la face). Tout ceci met à mal prestance et séduction
[
]. Cest alors le réel du corps, son poids, son encombrement,
la raideur des membres, ses douleurs, ses mouvements involontaires, qui se
manifeste. Cest ainsi quon apprend souvent que le couple fait chambre à part
depuis laccident vasculaire cérébral parce que
le
malade a besoin dun grand lit pour lui seul, il prend toute la place,
il a du mal à se retourner (M. Perrigot et al., 1996).

Prise
en charge thérapeutique
Elle est très similaire à celle des personnes paraplégiques
en ce qui concerne la sexualité (cf. Aimer au-delà du handicap
(B. Soulier) :
- pour la période de deuil du corps antérieur ;
- pour la nouvelle image de soi à intégrer ;
- pour la perte de lestime de soi, de la confiance en soi et latteinte
de lamour propre ; le changement professionnel et/ou social souvent engendré ;
- pour les raideurs musculaires et les spasmes des membres paralysés
; les troubles de la sensibilité de la zone génitale, vésico-sphinctérienne
et recto-anale ;
- pour la peur de léchec de la relation sexuelle ;
- pour la thérapie sexuelle ;
- enfin pour le fait que le conjoint doit rester dans son rôle de conjoint
et éviter au maximum de jouer le rôle de soignant auprès
de son (sa) partenaire.
Les personnes atteintes dun AVC peuvent aussi avoir spécifiquement
des troubles de la vision, des problèmes déquilibre, de
fatigue, des dépressions quil faudra prendre en compte. Tout ceci
contribue à provoquer un
changement dans lexpression de la sexualité. Il faudra sortir
des rôles imposés par la société ou par les anciennes
habitudes, avec davantage de gestes tendres, des échanges qui érotisent
lensemble du corps. Sadapter à une perte de sensibilité génitale
nécessite de découvrir une autre façon de toucher, dapprocher
lautre et de léveiller au plaisir. Le déficit physique
va inciter à trouver des positions plus confortables et adaptées.
Cest par une réflexion sur la sexualité, par lacquisition
de nouvelles façons de faire, en apprenant à mieux communiquer
et à gérer les difficultés que la personne hémiplégique,
de même que celle paraplégique, pourra à nouveau sépanouir
dans sa vie sexuelle.

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